Quand on a mal à la hanche et dans le bas du dos en même temps, on cherche presque toujours au mauvais endroit. On regarde la hanche, on l'imagine usée, on s'inquiète. Et le dos qui tire derrière, on le met sur le compte de la posture ou de l'âge. Ben en fait, dans la majorité des cas que je vois en cabinet, ces deux douleurs ne sont pas deux problèmes différents. C'est un seul et même mécanisme — et c'est rarement la hanche qui le déclenche.
Tu as mal à la hanche ET dans le bas du dos en même temps ?
Tu te reconnais peut-être dans ces situations.
Le matin, tu te lèves doucement parce que le bas du dos est raide et que la hanche tire en se redressant. En fin de journée, tu peines à passer de la position assise à debout — surtout quand tu sors d'un véhicule bas, tu sens cette pointe dans l'aine ou la fesse au moment où tu te déplies. Tu marches longtemps, ça va. Tu t'assieds longtemps, ça réveille. Tu fais ta séance de sport, il y a un mouvement précis (souvent la flexion de hanche profonde) où tu sens un pincement.
Et le pire, c'est ce que tu entends après les examens : "il n'y a pas grand-chose", "un peu d'usure normale", "vous avez l'âge". Comme si ta douleur n'existait pas vraiment parce qu'elle n'apparaît pas sur l'IRM.
Tu n'es pas en train d'inventer ta douleur. Et tu n'es pas non plus condamné·e à vivre avec. Mais si tu veux vraiment t'en sortir, il faut accepter une idée simple : là où tu as mal n'est pas toujours là où se trouve le problème.
Pourquoi traiter la hanche ne suffit pas toujours
Le piège du traitement symptomatique
Voilà le scénario classique. Tu as mal à la hanche, tu consultes, on te diagnostique une tendinite du moyen fessier ou un conflit antérieur. On t'oriente vers de la kiné locale, du renforcement de hanche, parfois une infiltration. Tu fais les exercices. Ça soulage trois jours. Puis ça revient. Tu refais une infiltration. Trois semaines de répit. Et rebelote.
Tu commences à te demander si ton corps ne se fout pas de toi.
Laisse-moi te raconter deux histoires que je vois souvent. La première est très parlante sur le plan humain. La seconde est une démonstration clinique pure — et c'est elle qui prouve le mécanisme.
Sportif, musculation et CrossFit quatre fois par semaine. Il consulte pour une douleur latérale de hanche droite qui traîne depuis deux mois. Le médecin parle de tendinopathie du moyen fessier. Deux infiltrations plus tard, rien n'a changé. Il a arrêté le squat, il évite les fentes, il commence à se demander s'il doit lâcher le sport.
L'examen local de la hanche ne reproduit pas fidèlement sa douleur. En revanche, l'évaluation du rachis lombaire — la colonne lombaire, la zone basse du dos — change tout. Quand Thomas fait des mouvements répétés en extension lombaire (le buste qui se redresse en arrière), sa douleur de hanche commence à se déplacer vers le bas du dos, puis à diminuer, puis à disparaître. En quatre séances. Sans qu'on ait touché à sa hanche.
Un patient consulte pour une lombalgie avec une douleur en pincement dans l'aine gauche qui se déclenche sur certains mouvements de hanche. Les signes du quotidien sont précis : difficulté à se redresser en fin de journée, gêne en sortant d'un véhicule bas, douleur dans l'aine sur les fins d'amplitude.
À l'examen, deux tests cliniques de hanche sont positifs : le test de FABER (qui charge la face latérale et postérieure de hanche) reproduit la douleur fessière, et le test de FADIR (qui simule un conflit antérieur) reproduit la douleur dans l'aine. Bilan classique : la hanche est en cause, on traite la hanche.
Sauf qu'on fait d'abord un test mécanique. Le patient enchaîne une série d'extensions lombaires en décubitus ventral (allongé sur le ventre, on se redresse sur les coudes puis sur les mains). Puis on refait les tests. Le FABER devient négatif. La force des fessiers, qui était nettement diminuée, est complètement restaurée. L'amplitude active de hanche s'améliore immédiatement.
Tu vois le truc ? On n'a pas touché à la hanche. Et la hanche fonctionne mieux. Ça veut dire une seule chose : ce qui faisait souffrir la hanche venait du dos.
L'interdépendance régionale : le dos qui parle via la hanche
Ce phénomène a un nom. Il a été formalisé en 2007 par une équipe de chercheurs en kinésithérapie (Wainner, Whitman, Cleland et Flynn) sous le terme d'interdépendance régionale. Le principe est simple : des dysfonctions dans des régions du corps anatomiquement séparées peuvent contribuer à une douleur sans rapport apparent. Autrement dit, ton corps n'est pas un assemblage de pièces indépendantes. C'est une chaîne. Et quand un maillon faiblit, les autres compensent — silencieusement — jusqu'à ce qu'un maillon cède. Et c'est presque toujours le maillon qui a compensé qui finit par hurler, jamais celui qui a causé le problème.
Dans le second cas que je viens de te décrire, ce n'est pas la hanche qui est "abîmée". C'est le dos qui envoie un signal de protection au cerveau, et ce signal inhibe (autrement dit, désactive) les muscles fessiers. Du coup la hanche manque de stabilité, elle se met à mal travailler, et les structures antérieures (l'aine, le psoas, le labrum) prennent les coups. Mais ces structures-là ne sont que les victimes. Le coupable, c'est en amont.
C'est exactement le principe de la douleur projetée que j'aborde dans un autre article : un tissu peut produire une douleur ressentie ailleurs. Le cerveau se trompe d'adresse, et toi tu masses la mauvaise zone pendant des mois.
Comment identifier la vraie source de la douleur
L'évaluation mécanique : tester, pas deviner
La méthode que j'utilise en cabinet repose sur un principe simple : on ne devine pas, on teste.
Plutôt que de se baser uniquement sur l'imagerie ou sur la localisation de la douleur, on fait bouger le patient dans plusieurs directions (flexion, extension, inclinaisons, rotations) en mouvements répétés. On observe ce qui se passe. La douleur monte ? Descend ? Se déplace ? Se centralise ?
Quand une douleur de hanche se centralise vers le dos au fil des répétitions d'extension, c'est une signature. Ça veut dire que la source est rachidienne, pas articulaire. C'est cette logique qu'a formalisée la méthode McKenzie : la réponse aux mouvements est plus informative que tout ce que l'imagerie peut montrer.
Reprenons le cas du second patient. Avant la série d'extensions lombaires, le FABER était positif et les fessiers étaient inhibés. Après la série, le FABER est négatif et les fessiers retrouvent leur force normale. C'est une démonstration en direct, mesurable, reproductible que la source de la dysfonction est lombaire. Pas besoin d'IRM pour conclure. Le mouvement a parlé.
C'est ça, "tester plutôt que deviner". Et c'est ça que la kinésithérapie locale rate quand elle se contente de traiter là où ça fait mal.
Ce que l'imagerie ne voit pas
Petit aparté important. Tu as peut-être déjà passé une radio ou une IRM. On t'a peut-être trouvé "une petite hernie", "un peu d'arthrose", "un pincement L4-L5". Tu en es ressorti·e avec l'idée que ton dos était abîmé.
En réalité, les images ne corrèlent pas toujours avec la douleur. La méta-revue de Babatunde (2017) ainsi que de nombreuses études d'imagerie sur populations asymptomatiques ont montré la même chose : on trouve des "anomalies" lombaires chez une grande proportion de personnes qui n'ont jamais eu mal de leur vie. Hernies discales, protrusions, arthrose facettaire — tout ça existe chez des gens en pleine forme.
Bref, une hernie sur l'IRM ne veut pas dire que c'est là que ça bloque. Et l'absence d'anomalie ne veut pas dire que tu inventes.
Ce qui informe vraiment le diagnostic, c'est comment ton corps réagit aux mouvements, ici et maintenant. Pas une photo prise un mardi matin à jeun.
Ce qui se passe vraiment dans ton corps
La cascade de compensation silencieuse
Voilà le mécanisme, en langage humain.
Imagine que ton dos lombaire perde un peu de sa capacité à bouger en extension. Pas dramatiquement. Juste assez pour que tu ne le remarques pas. Mais ton cerveau, lui, le remarque. Et il met en place une stratégie de protection : il désactive partiellement les muscles fessiers pour éviter de mettre encore plus de contrainte sur le dos. C'est ce qu'on appelle une inhibition motrice d'origine rachidienne — et c'est complètement inconscient.
Du coup, tes fessiers ne stabilisent plus correctement le bassin. La hanche se retrouve à devoir compenser. Les muscles antérieurs (psoas, droit fémoral) prennent le relais. Les structures de l'aine encaissent des contraintes qu'elles ne devraient pas encaisser. Et un jour, ça fait mal.
Tu vois la cascade ? Le dos faiblit → les fessiers s'éteignent → la hanche se déséquilibre → la douleur apparaît dans l'aine ou la fesse. Le maillon qui crie, c'est la hanche. Le maillon qui a déclenché la chaîne, c'est le dos.
Et tant qu'on travaille la hanche, on traite le symptôme. On masse la zone qui hurle pendant que la cause continue de pousser.
Pourquoi la mobilité de la hanche ET du dos est liée
Il y a une observation clinique qui éclaire tout. Sur le second patient dont je te parlais, on a mesuré l'amplitude de hanche en actif et en passif — c'est-à-dire d'abord en lui demandant de bouger lui-même, puis en bougeant son membre pour lui sans qu'il participe.
Devine ce qu'on a trouvé ?
En actif, la hanche gauche était nettement limitée en flexion, abduction, rotation externe. En passif, elle était quasiment normale. Ce décalage entre actif et passif est une signature clinique très parlante. Si la hanche était mécaniquement abîmée (arthrose, conflit osseux, lésion structurelle), les amplitudes passives seraient limitées aussi. Or elles ne le sont pas.
Ça veut dire que la hanche n'est pas cassée. Elle ne bouge pas bien parce que les muscles qui la pilotent sont inhibés. Et ces muscles sont inhibés à cause du dos.
C'est exactement comme une voiture dont le moteur fonctionne mais dont la pédale d'accélérateur est mal connectée. La mécanique est intacte. C'est la commande qui ne passe plus.
Et la commande, c'est le système nerveux. Et le système nerveux, c'est le rachis lombaire.
Ce qu'on fait concrètement en séance
Pas de mystère ici. Voici la logique que je suis, étape par étape.
Étape 1 — Sortir de l'errance diagnostique. On regarde ton histoire, tes activités, les mouvements qui aggravent, ceux qui soulagent. Et on teste. On te fait bouger dans plusieurs directions, en répétitions, et on observe comment ta douleur se comporte. Centralisation, périphérisation, disparition, aggravation — chaque réaction informe le diagnostic.
Étape 2 — Modifier les symptômes en direct. Quand on identifie une direction qui change la douleur (souvent l'extension lombaire, dans les cas que je décris ici), on l'utilise comme un "reset neuromoteur". C'est ce terme que j'utilise avec mes patients parce qu'il décrit exactement ce qui se passe : on relâche le frein nerveux qui inhibait les fessiers, et la hanche retrouve sa fonction normale avant qu'on commence le moindre exercice de renforcement.
Cette étape-là, c'est la plus parlante pour toi. Parce que tu sens la différence dans la séance, dans ton corps, sans matériel. Et ça redonne quelque chose de précieux : la sécurité que ton corps est capable de changer.
Étape 3 — Reconstruire. Une fois la zone calmée et la commande neuromotrice rétablie, on remet de la charge. Progressivement. Avec la méthode REbuilt — mobilité utile, capacité à charger, contrôle moteur — on construit un corps qui tolère le sport, le quotidien, le port de charge, sans que la douleur reprenne la main.
L'objectif n'est jamais juste "te soulager". C'est faire en sorte que ça ne revienne pas.
Tu n'as pas à subir cette douleur indéfiniment
Si tu lis cet article, c'est probablement parce que tu as déjà essayé. Tu as fait les exercices de renforcement de fessiers, peut-être deux ou trois infiltrations, peut-être de l'ostéo. Tu en as marre qu'on te dise que "c'est ton âge" ou que "c'est psychologique".
Tu n'es ni fragile, ni cassé·e. Et ta douleur n'est ni dans ta tête ni inévitable. Elle a une mécanique. Et cette mécanique peut être identifiée — pas en cherchant là où ça fait mal, mais en testant où ça change.
Si tu es dans la région, je consulte comme kinésithérapeute à Tournai. Si tu es ailleurs en Belgique, en France ou plus loin, je propose aussi un accompagnement à distance qui couvre exactement la même logique — bilan en visio, programme sur application, suivi régulier. Tu trouveras les détails plus bas.
"Tu veux savoir d'où vient vraiment ta douleur ? Un bilan kinésithérapique complet te permet d'identifier la vraie source — pas juste l'endroit où tu as mal."
Prendre rendez-vous →À retenir
- Une douleur de hanche associée à un mal de bas du dos n'est presque jamais "deux problèmes". C'est une seule cascade — et la source est presque toujours dans le dos.
- Les muscles fessiers peuvent être inhibés par une dysfonction lombaire, ce qui déstabilise la hanche et provoque des douleurs antérieures (aine) ou latérales.
- L'examen clinique mécanique (tests répétés, FABER, FADIR, mobilité active vs passive) est plus informatif que l'imagerie pour ce type de douleur.
- Le "reset neuromoteur" — des extensions lombaires bien dosées — peut restaurer en quelques minutes la force des fessiers et la mobilité de hanche.
- Tant qu'on traite la hanche seule, on masse une victime. La cause continue de pousser.
FAQ
Pourquoi mes infiltrations à la hanche n'ont rien changé ?
Parce qu'une infiltration ne traite que l'inflammation locale. Si la source du problème est lombaire — donc en amont — la zone de la hanche continue d'être surchargée mécaniquement après l'effet anti-inflammatoire. C'est exactement le scénario du cas Thomas que je décris plus haut : deux infiltrations sans aucun effet durable, puis résolution complète en travaillant le dos.
Mon IRM montre une arthrose de hanche. Est-ce vraiment le dos quand même ?
C'est possible — et c'est plus fréquent qu'on ne le pense. L'arthrose de hanche est très répandue dans la population, y compris chez des personnes qui n'ont aucune douleur. Une image radiologique ne suffit pas à conclure que c'est elle qui produit ta douleur. Un test mécanique en cabinet permet souvent de trancher : si tes symptômes répondent à des mouvements du dos, c'est un signal très fort.
Combien de temps pour récupérer ?
Ça dépend de l'ancienneté du problème et de la sensibilité de ton système. Dans les cas favorables (comme le second patient que je décris), on observe une amélioration de plus de 50 % dès les premières semaines, et les douleurs latérales/antérieures disparaissent quand la centralisation est obtenue. Dans des cas plus chroniques, il faut compter quelques mois pour reconstruire un corps qui tolère vraiment la charge sans rechute.
Je n'habite pas Tournai, est-ce que je peux quand même me faire accompagner ?
Oui — je propose un accompagnement à distance qui couvre exactement la même logique que ce que je fais en cabinet. Le bilan initial se fait en visio (1h) : on parle de ton histoire, je te fais réaliser les mouvements-tests devant la caméra, j'observe en direct comment ta douleur se comporte. À partir de là, tu reçois un programme adapté sur l'application TrueCoach (vidéos, séries, repos calibrés), des appels de suivi mensuels et un support WhatsApp pour ajuster en continu. Beaucoup de mes patients à distance avancent aussi vite — voire plus vite — que mes patients en cabinet, parce qu'ils ont le programme dans la poche et qu'on ajuste sans attendre la prochaine séance. Tu peux réserver un bilan en visioconsultation ici.
Est-ce que je peux essayer les extensions lombaires tout seul ?
Si la douleur ne s'aggrave pas et qu'aucun symptôme neurologique n'est présent (pas de fourmillements, pas de faiblesse, pas de perte de sensibilité), tu peux tester l'extension en décubitus ventral, doucement, sans forcer. Mais l'autodiagnostic a ses limites : si la douleur descend dans la jambe, change de caractère, ou si tu n'observes aucun effet après quelques jours, il faut consulter. Le bon mouvement pour toi peut ne pas être l'extension — c'est précisément le rôle du bilan de l'identifier.


